La santé des femmes dans le projet de loi sur la prévention
Entretien avec Anita Fetz, Conseillère aux Etats et présidente du congrès concernant le projet de loi fédérale sur la prévention et la promotion de la santé (loi de prévention)
Madame Fetz, quel est l’objet de la loi sur la prévention?
Notre système de santé publique est surtout axé sur la médecine curative, c.-à-d. que c'est un système de prise en charge de la maladie. Il est grand temps que la politique de prévention, la promotion de la santé et le dépistage de maladies fassent l’objet d’un peu plus d'attention. La loi sur la prévention doit constituer cette base.
Pourquoi vous investissez-vous personnellement?
La prévention est une question qui me préoccupe beaucoup. Il est important que les individus acquièrent un savoir en matière de santé de manière à rester en forme et ce, même à un âge avancé. Car c’est notre rêve à tous, de pouvoir vivre de manière autonome le plus longtemps possible.
Quels sont les points du projet de loi qui vous tiennent particulièrement à cœur?
La stratégie nationale portant sur huit années permet à tous les acteurs du système de santé de se concentrer sur leurs programmes de prévention sur les maladies les plus fréquentes et de les adapter de manière ciblée et approfondie aux différents groupes cibles. Je trouve par ailleurs important que les maladies psychiques aient enfin la place qu’elles méritent. A l'heure actuelle, de plus en plus de gens, en particulier des femmes, souffrent de dépressions et de troubles anxieux.
Y a-t-il des points que vous considérez de manière critique?
Je pense qu’il y a un risque que la prévention soit considérée de manière isolée des autres thèmes politiques. Les conditions sociales dans lesquelles les individus vivent sont tout aussi déterminantes. Nous savons aujourd’hui que la pauvreté rend malade. Ou bien que les parents élevant seuls leurs enfants sont soumis à de nombreux facteurs de stress pouvant les rendre malades. Ou encore un autre aspect: Si dans les écoles, on économise dans les cours d’arts ménagers, en sport ou en musique alors notre société devra le payer un jour, car de moins en moins de jeunes apprendront à vivre bien et de manière saine en prenant du plaisir et en étant heureux.
Outre la régulation des questions de compétences et de structures au niveau fédéral et cantonal, la loi sur la prévention exige tous les huit ans que les objectifs soient reformulés ou que l'on se concentre plus particulièrement sur certaines maladies. Dans quels domaines de la santé des femmes voyez-vous un besoin d’action?
Le cancer est la première cause de décès chez les femmes (39%) suivi des maladies cardiovasculaires (22%). Cela n'est pas très différent chez les hommes (33% et 30%). Toutefois les symptômes sont autres et à certains égards les facteurs déclencheurs aussi. C’est précisément ce qu’il faut prendre en compte dans les programmes de prévention. Il faut développer des programmes axés sur les groupes cibles de manière conséquente tenant également compte des différentes conditions de vie des femmes.
Où se situe la Suisse actuellement en ce qui concerne la promotion de la santé des femmes et la prévention par rapport aux autres pays européens?
Nous n’en sommes malheureusement qu'aux balbutiements. Il existe, certes, de petits projets, mais nous avons encore beaucoup à apprendre de nos voisins. Quelques exemples intéressants ont été présentés lors du sommet sur la santé des femmes qui s’est tenu le 23 novembre 2010.